Les lauréats 2026
Boris Ndjantou
Artiste bamiléké, Boris explore l’identité et la transculturalité en mêlant cosmogonies africaines et rationalité occidentale. À travers la sculpture sur bois, il questionne la dualité du monde et les héritages culturels en mutation.
Son projet
Paroles déterrées est un projet de création artistique consistant en la réalisation de quatre à huit œuvres explorant, dans une approche visuelle, les thématiques de l’écriture et du langage. À travers un intérêt marqué pour le symbolisme des langues et des systèmes d’écriture, le projet interroge leur rôle fondamental dans la construction de notre rapport au monde, de l’identité et de l’héritage culturel. Il propose une réflexion sur la capacité de l’écriture à préserver la mémoire collective et à participer à la reconstitution d’identités fragmentées. En particulier, l’artiste questionne le pouvoir de la langue bété comme outil de réhabilitation identitaire, tant dans des contextes diasporiques qu’endogènes, face à l’hégémonie historique du français, notamment durant les années Houphouët-Boigny, et à l’émergence progressive de phénomènes de créolisation tels que le nouchi. La série cherche ainsi à ressaisir, à travers les signes, l’avènement du monde et de son sens, dans le sillage des travaux récents du Dr Adam Yeo.
Kassim Kun Mohamed
Architecte et artiste visuel, Kassim fait dialoguer artisanat, recherche et écologie des matériaux. Le projet qu’il mènera mettra en lumière les savoir-faire et la mémoire des gestes, entre transmission, territoire et création collective.
Son projet
Can we value the intangible explore la lagune Ébrié et les communautés qui la bordent à travers la figure du pêcheur, symbole des échanges humains et des circulations de savoirs. En prenant la lagune comme espace de mémoire et de transmission, le projet est un pont entre la Côte d’Ivoire, le Maroc les Comores afin de révéler les histoires invisibilisées des artisans, pêcheurs et objets porteurs des gestes de la lagune.
À travers les savoir-faire locaux tels que la sculpture sur bois, la fabrication de tampons pour le batik, un documentaire mettra en lumière un patrimoine immatériel en mutation. Conçu comme un laboratoire vivant, le projet associe création, recherche et dialogue avec les communautés d’Abidjan et de Grand-Bassam. Il questionne la valeur des gestes, des récits et des savoir-faire qui échappent aux logiques marchandes, soulignant le rôle essentiel qu’ont les africains dans les réflexions contemporaines sur la transmission.
Lauren-Loïs Duah
Artiste et chercheuse, Lauren interroge les récits diasporiques à travers textile, illustration et artisanats panafricains. Son travail relie matériaux, identités et histoires, entre déplacement, mémoire et ancrage.
Son projet
Souls of Craft Folk est un projet tourné vers la transmission des savoirs locaux par les artisans de tout le continent ouest-africain à travers les textiles traditionnels. Ce projet examine comment le langage visuel des différents textiles développés par diverses tribus et peuples du continent peut raconter l’histoire d’un lieu et comment les « langages » textiles constituent une forme essentielle d’archivage des histoires des peuples, des mouvements et de l’environnement. Des fils tissés à la main du Kente, du Manjak et de l’Aṣọ òkè aux épithètes spirituelles imprimées Adinkra, les textiles africains sont depuis longtemps utilisés pour communiquer les origines de ceux qui les portent, et même leur destination. Le projet utilise la fabrication sur site pour apprendre des artisans locaux, en se concentrant sur trois approches clés : premièrement, la recherche sur le terrain à travers la narration orale ; deuxièmement, l’apprentissage de la terre à travers la fabrication de pigments à partir de matériaux bio-organiques locaux ; et enfin, la transmission et le transfert de ces histoires sur les textiles à travers la fabrication traditionnelle de marques.
Yoann Aka
Plasticien pluridisciplinaire, il révèle ce qui vit dans l’ombre. Espaces oubliés, espèces rejetées, matières délaissées. Son univers taupe et minéral suspend le temps pour redonner dignité et douceur à l’invisible.
Son projet
La voix de la mémoire des ancêtres est un projet de recherche et de création artistique qui s’ancre dans l’étude des formes de résistance urbaine en lien avec les peuples autochtones des villes d’Abidjan et de Grand-Bassam, en particulier les Akan lagunaires. En s’appuyant sur les appellations ancestrales d’Abidjan — « La Nuit est venue » chez les Abouré et « Coupeurs de feuille » en atchan — le projet explore les strates invisibles de la mémoire urbaine. Les chauves-souris, présentes dans les arbres patrimoniaux et les ruines, y deviennent des figures centrales : symboles de résilience urbaine et, dans les traditions akan lagunaires, gardiennes des secrets et messagères entre les mondes, porteuses de la voix silencieuse des ancêtres. À travers elles, l’artiste interroge la manière dont les vestiges peuvent devenir des espaces de résistance et de parole, et cherche à réconcilier les populations avec un patrimoine naturel souvent méconnu, incluant des espèces emblématiques comme la chauve-souris ou le tilapia. Le projet questionne enfin les liens entre le terrestre et l’aquatique, et la façon dont ces équilibres soutiennent la lagune Ébrié, essentielle tant aux communautés de pêcheurs qu’à l’économie régionale. Cette réflexion prendra la forme d’installations volumétriques utilisant des ressources locales telles que le bois, la terre, les graines à huile, les filets, l’eau ou le sable.