#LesLivresdelaVie

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Sètou Kidabili

Episode 4 : Tanella Boni

Tanella Boni, écrivaine et philosophe ivoirienne, est une figure emblématique de la littérature ivoirienne. Ce sont d’abord quelques histoires qu’elle a entendues qui l’ont attirée dans cet univers, puis des livres qu’elle a lus quand elle était encore enfant. Elle est venue à notre rencontre pour échanger autour des ouvrages qui ont marqué sa vie et nous rappeler les grands écrivains de ce pays, qu’on a malheureusement tendance à oublier.

Le livre sur l’Afrique que tout français devrait lire ?

Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, qu’il a écrit à la fin des années 60.

C’est une écriture qui ne ressemble pas aux autres. Amadou Kourouma a puisé dans sa langue malinké un certain nombre d’expression, une manière de s’exprimer dans nos langues africaines qu’il a transposé en langue française. à travers son livre, il aborde le thème de la transmission. Qu’est-ce qu’on peut transmettre de nos traditions, de nos cultures en langue française ?

Je peux citer aussi Climbié de Bernard Dadié. Il raconte une enfance du début du 20ème siècle dans le sud de la Côte d’Ivoire. Celles et ceux qui veulent connaître la Côte d’Ivoire par la littérature devraient commencer par là.

On retrouve aussi un écrivain congolais très connu en Côte d’Ivoire, Sony Labou Tansi et son livre Les sept solitudes de Lorsa Lopez. Il a une écriture assez particulière dans sa manière d’exprimer le monde et nous raconte toutes les différents type de violences : politique, sociale et les violences des traditions.

Le livre de philo dont vous ne vous séparez jamais ?

Je vais citer un livre entre la philosophie et la littérature, Tous les hommes sont mortels de Simone De Beauvoir. C’est l’histoire de quelqu’un qui va boire un élixir d’immortalité. Il n’a pas envie de mourir. C’est vraiment une question d’ordre philosophique. Est-ce que quelqu’un sur terre, un être vivant, peut se dire, je n’ai pas envie de mourir ?

Quelqu’un qui est arrivé à un âge où il ne reconnaît plus les gens qui l’entourent, est-il encore un être humain ? Il est certes immortel, mais est-ce qu’en tant qu’être humain, il n’est pas mort ? 

Si je cite un philosophe, il y a Platon et son livre le plus connu La république. Ce qui est intéressant chez Platon, c’est qu’il met en scène des personnages qui sont en train de débattre d’un sujet. Ce qui me plaît aussi, c’est l’accent qu’il met sur le savoir, la science et la politique. N’est pas homme politique qui veut. On ne peut vraiment gouverner un pays que si on s’y connaît en relations humaines.

Un livre à lire avec vos enfants ?

étonner les dieux de Ben Okri, c’est ce que j’appelle un roman lumineux. Les mots qu’il écrit sont des étoiles qui se promènent. Dès la première page, on entre directement dans l’histoire. C’est quelqu’un qui cherche les siens dans les livres, mais il ne les trouve pas. Alors, il se met en route et il va voyager pendant 7 ans. C’est une histoire initiatique qui met en lumière une question : on peut chercher des choses, mais est-ce que les meilleures choses ne sont pas ce qu’on a déjà, même si on pense qu’on ne les a pas ?

Le livre que vous avez préféré écrire ?

Peut-être que ce sont des livres pour la jeunesse. Moi, je n’écris pas pour les tout-petits, j’écris pour les préadolescents et adolescents. La fugue d’Ozone, raconte l’histoire d’une jeune fille qui va faire un voyage et des rencontres extraordinaires. J’ai puisé dans l’histoire, dans mes connaissances et dans mes souvenirs pour l’écrire. J’ai laissé libre cours à mon imagination. Et je suis très heureuse quand je ne me mets aucune barrière.

Il y a aussi L’atelier des génies. Je mets en scène trois garçons qui habitent dans un village dans lequel ils voient arriver une télé en noir et blanc. Cette télé va disparaître et ils vont partir à sa recherche et vivre des aventures extraordinaires. Là aussi, j’ai laissé libre cours à mon imagination et j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte.

Le livre qui vous a accompagné à votre arrivée en France ?

Le politique de Platon. C’est ma prof de philosophie en Hypokhâgne, qui m’avait offert son exemplaire. J’ai passé mon temps à comprendre ce texte. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je le cite souvent.

Comment peut-on arriver à former une société harmonieuse avec des gens différents ? Tisser les différences, je pense que c’est ce que ce livre nous enseigne et je crois que je ne l’ai pas oublié.

Les auteurs qui vous ont le plus marqué ?

L’auteure, Rachel Carson, que j’ai lue enfant. C’est une écrivaine écologiste. 

Dans un de ses ouvrages, elle raconte tout ce qui vit autour de la mer et dans la mer. Ça m’a vraiment marqué, il y avait non seulement du texte, mais aussi des images. C’était un beau livre. Ce ne sont pas seulement les histoires écrites qui vont marquer un enfant, mais ce sont aussi les images.

Le petit prince de Saint-Exupéry qui a dû marquer énormément de lecteurs et de lectrices. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un enfant qui tombe du ciel, c’est tellement symbolique et extraordinaire qu’on ne peut pas oublier cette histoire. C’est un livre philosophique, on peut y puiser beaucoup de choses sur la rencontre entre les humains et sur le sens de la vie.

À l’âge adulte, j’ai lu beaucoup de poètes, des poètes surréalistes comme Paul Éluard et son poème Liberté, par exemple. La luminosité de ses mots, on a l’impression que ça coule de source.

Enfin, il y a Cheikh Hamidou Kane avec L’Aventure ambiguë. C’est plus qu’un roman, parce que dans ce livre, j’y ai vu un récit dans lequel il y a des références philosophiques.